Chroniques du 20 au 30 août 2010

mardi 24 août 2010

Un régime forestier mondial?

Le décalage horaire maîtrisé et les festivités d’ouverture passées, nous entrons aujourd’hui de plein pied dans le programme scientifique de la conférence. Dans la salle où je me trouve, un membre de l’auditoire s’enflamme durant la période de questions : « Que faisons-nous ici? » dit-il, « nous collaborons dans nos recherches, mais en bout de ligne nous nous trouvons toujours seuls face à nos gouvernements, qui font ce qu’ils veulent. » Malgré son ton polémique, cette

boutade soulevait un paradoxe facilement perceptible en foresterie aujourd’hui : les problèmes auxquels nous faisons face sont de plus en plus globaux, alors que les véritables moyens d’action demeurent dépendants des intérêts nationaux. Le chercheur exaspéré réagissait à un avant-midi de présentations qui se concluaient toutes sur une note sombre et connue : après des décennies de déclarations, de conventions, de forums, de plans d’action, et que sais-je d’autres « outils » internationaux créés pour encadrer la gestion des forêts mondiales, il n’existe toujours pas de régime de gouvernance globale des forêts qui soit le moindrement contraignant pour les États. Pourtant, les problèmes forestiers auxquels nous (et les générations à venir) faisons face sont d’une ampleur globale. Laissée entre les mains des États, la lutte à la déforestation, par exemple, progresse à pas de tortue. Entre 1990 et aujourd’hui la perte nette mondiale de territoire forestier est passée de 16 millions d’hectares à 12 million d’hectares. Pas exactement des résultats éclatants, surtout si l’on considère qu’une partie de ce ralentissement est due à la prolifération de plantations de monoculture; comme c’est le cas au Chili, qui affiche un bilan de reforestation positif. Bref, fusaient de toutes parts des affirmations insistant sur le fait que nous vivons une « crise de la gouvernance forestière globale », que le régime forestier qui est ébauché dans tous les forums internationaux organisés et maintenus à grands frais est en fait un « non-régime » de « non-gouvernance ». Les standards internationaux seraient, en définitive, trop faibles et trop flous pour véritablement influencer les politiques nationales.

Il est facilement possible de s’entendre sur la nécessité de nous doter de balises communes, internationales et claires sur ce qu’un pays peut ou ne peut pas faire avec ses forêts. Il semblait même aller de soi pour les participants que l’ONU serait un bon gardien de ces normes. Mais un système légal appuyé par des sanctions? Des droits universaux de la nature protégés au même titre que les droits humains à l’échelle internationale? Jusqu’ici la gestion des forêts a généralement été abordée comme une question à savoir si elle est une ressource de l’État ou une ressource collective de l’humanité. Mais cette vision d’un régime forestier global ouvre la porte à une autre éthique : celle du droit inaliénable de la nature à être protégée. La Bolivie a proposé à cet égard une « Déclaration universelle des droits de la Terre Mère » et l’Équateur a entériné, dans sa nouvelle constitution, le principe que quiconque (équatorien ou non) a le droit de poursuivre le gouvernement pour non-respect de la nature.

Deux images du futur de la gouvernance mondiale des forêts semblent émerger ici. D’un côté, une sorte de « tribunal mondial pour les crimes contre la nature » devant lequel les compagnies délinquantes et les États irresponsables sont sanctionnés. De l’autre, un régime de certification volontaire (style FSC) où ce sont, en définitive, les consommateurs qui deviennent les arbitres des pratiques qui sont acceptables ou non. La première voie donne des droits inaliénables et universels à la nature. Ces droits, comme une constitution, sont affirmés, puis ensuite défendus. La seconde approche, au contraire, valide et renégocie co

nstamment les droits de la nature en fonction de la réponse du marché : une certification trop permissive perd de sa crédibilité auprès du public et une certification trop sévère fait monter le coût au-delà de ce que le consommateur est prêt à payer pour consommer de manière éthique. Dans un cas comme dans l’autre, on peut s’attendre à ce que la gouvernance mondiale prenne des formes passablement différentes de la gouvernance étatique des forêts…

Valeur ajoutée

Après ces austères réflexions sur la gouvernance mondiale des forêts, un passage bien mérité au kiosque installé par l’institut Ganwon-do, qui travaille à la mise en valeur des produits forestiers non-ligneux de la province coréenne du Ganwon. Cet institut a eu la bonne idée de faire fermenter à peu près toutes les plantes de cette forêt pour voir quel genre d’alcool ça donnerait… Le résultat? Le Songi Ju, un vin fait avec un champignon forestier ; le Dur Dur, un vin tiré d’une racine de la famille du ginseng et… du « vin vin » à base de raisins forestiers sauvages. Voilà de la vraie science appliquée! Sur la photo : le kiosque, les bouteilles, et notre hôtesse.



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